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Le rideau est tombé à Addis-Abeba sur le tout premier séminaire Chine-Afrique sur les droits de l’homme, une rencontre qui a réuni chercheurs, responsables politiques, diplomates et représentants de la société civile des deux continents. Pendant plusieurs jours, la capitale éthiopienne a été le théâtre d’échanges intenses sur une thématique souvent clivante sur la scène internationale : la promotion et la protection des droits humains dans un monde multipolaire.
Organisé conjointement par le gouvernement chinois et la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, avec le soutien de l’Union africaine, ce forum visait à ouvrir un nouveau chapitre dans la coopération sino-africaine, en proposant une approche alternative des droits humains, axée sur l’égalité souveraine des États, le respect mutuel des cultures et des trajectoires historiques, et le rejet de l’uniformisation des modèles.
Un dialogue Sud-Sud pour repenser les droits humains
Dans un contexte où la vision occidentale des droits de l’homme est souvent critiquée pour son caractère normatif et parfois intrusif, les organisateurs ont insisté sur la nécessité d’un dialogue décentré, qui tient compte des réalités économiques, sociales et culturelles propres au continent africain et à la Chine. « Il ne s’agit pas d’opposer un modèle à un autre, mais d’exiger que toutes les voix soient écoutées », a déclaré un participant sénégalais, professeur de droit international. -
De nombreux intervenants ont rappelé que la notion de droits de l’homme ne saurait être détachée des droits au développement, à la santé, à l’éducation ou encore à la souveraineté économique. Une perspective dans laquelle la Chine s’inscrit en proposant des partenariats axés sur les infrastructures, le transfert de technologies et le renforcement des capacités, en opposition à ce qu’elle considère comme une approche paternaliste du Nord global.
Une coopération appelée à durer. Pour Pékin, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de soft power en Afrique, où elle est désormais un acteur incontournable sur les plans économique, diplomatique et sécuritaire. En misant sur un langage de coopération égalitaire et de non-ingérence, la Chine entend renforcer sa légitimité tout en consolidant son image auprès des élites africaines.
Du côté africain, plusieurs représentants ont exprimé leur souhait de pérenniser ce type d’échanges, en créant un cadre institutionnel commun autour des droits de l’homme et du développement. « Ce séminaire ne doit pas rester un événement isolé », a affirmé une responsable de la Commission des droits de l’homme de l’Union africaine. « Il doit devenir le socle d’un cadre structuré et permanent d’échanges Sud-Sud. »
Vers un contre-discours global ?.La clôture du séminaire a été marquée par l’adoption d’une déclaration commune, appelant à une redéfinition des mécanismes internationaux de protection des droits humains, et à une représentation plus équitable des pays du Sud dans les instances onusiennes compétentes. Une manière pour la Chine et ses partenaires africains de peser davantage dans les débats mondiaux sur les valeurs universelles.
- Ce séminaire marque peut-être le début d’un contre-discours stratégique, à un moment où les relations internationales sont profondément bouleversées. La question des droits de l’homme, longtemps instrumentalisée à des fins géopolitiques, semble trouver ici une nouvelle voie, ancrée dans le dialogue, la solidarité et la reconnaissance des diversités.
Auteur :DIOGOPE FAYE
