À seulement 19 ans, Astou Faye, jeune femme originaire d’un village proche de Kaolack, incarne le combat silencieux de nombreuses mères adolescentes au Sénégal. Elle est devenue mère de triplés dans des conditions précaires, une situation qui aurait pu être une bénédiction, mais qui s’est transformée en un parcours semé d’épreuves. Ce cinquième volet de notre série explore le poids émotionnel, physique et social de cette maternité précoce et multiple.
Une naissance inattendue et bouleversante
Astou n’avait jamais imaginé qu’elle accoucherait de trois enfants à la fois. Issue d’un milieu modeste, elle vivait encore chez ses parents lorsque la grossesse a été découverte. Sans suivi prénatal régulier faute de moyens, elle n’a appris la nouvelle de sa triple gestation qu’à l’accouchement. Un choc pour la jeune fille, et pour tout son entourage.
« J’étais contente d’avoir un enfant, mais trois ? Je ne savais pas si je devais pleurer ou me réjouir », confie-t-elle, le regard fatigué.
Une maternité à haut risque
Accoucher à 19 ans comporte déjà de nombreux risques, mais donner naissance à des triplés dans une structure de santé sous-équipée relève presque du miracle. Les bébés sont nés prématurés, nécessitant une assistance médicale immédiate. L’un d’eux a souffert de complications respiratoires. Astou, affaiblie, a dû rester plusieurs jours sous surveillance.
Trois fois plus de charges, trois fois moins d’aide
Depuis leur naissance, Astou se bat pour subvenir aux besoins de ses enfants. Leur père, un jeune homme de 21 ans, a disparu peu après l’annonce de la grossesse, incapable d’assumer ses responsabilités. Astou vit aujourd’hui chez sa mère, dans une maison en banco à deux pièces. Elle dépend du soutien de voisins et d’associations caritatives pour l’alimentation, les couches et les médicaments.
« Je ne peux même pas sortir travailler. Comment faire avec trois bébés à la maison ? », soupire-t-elle.
L’isolement social et la détresse psychologique
Outre les difficultés matérielles, Astou souffre d’un isolement grandissant. Elle a dû abandonner l’école en classe de 4e, perdant ainsi tout espoir de poursuivre ses études. Stigmatisée dans son quartier, souvent réduite à son statut de « fille-mère », elle vit dans une forme de solitude profonde.
Des psychologues alertent sur les risques de dépression post-partum, particulièrement élevés dans des cas comme celui d’Astou. Faute de prise en charge psychologique, elle tente de faire face seule, avec courage, mais aussi avec douleur.
Ce récit poignant souligne l’urgence de mettre en place des dispositifs de soutien renforcés pour les mères adolescentes, en particulier celles confrontées à des situations aussi exceptionnelles que celle d’Astou Faye. La jeune femme, malgré les épreuves, incarne une forme de résilience. Mais sa survie, et celle de ses enfants, dépend aujourd’hui de la solidarité, d’un encadrement social, et surtout d’un changement de regar.
Auteur:DIOGOPE FAYE