Le Fonds monétaire international (FMI) vient de conclure une nouvelle mission au Sénégal sans parvenir à un accord décisif. Une situation qui illustre une fois de plus la relation ambivalente entre l’institution de Bretton Woods et les pays qui sollicitent son appui : à la fois partenaire financier indispensable et acteur dont l’ingérence suscite méfiance.
Une mission sans résultat concret.
Dans un communiqué publié à l’issue de sa visite, le FMI a indiqué que les autorités sénégalaises ont exprimé leur volonté d’obtenir un nouveau programme d’appui. L’institution affirme être prête à accompagner le Sénégal dans la conception d’un agenda de réformes conforme à la stratégie « Vision 2050 » et au Plan de relance économique et sociale. Elle dit également avoir pris note des priorités fixées par l’État.
Cependant, aucun accord n’a été conclu. Le FMI met plutôt l’accent sur la gestion de la dette, recommandant la centralisation de son pilotage, le renforcement du Comité national de la dette publique et l’achèvement de l’audit des arriérés de paiement engagé depuis juillet 2025.
Des tensions avec le gouvernement
Ce blocage intervient dans un contexte économique difficile. Le Premier ministre Ousmane Sonko a dénoncé la lenteur des discussions et l’exigence répétée de documents supplémentaires :
« Rien ne justifie le retard actuel », a-t-il affirmé.
Si certains membres du gouvernement plaident pour la conclusion rapide d’un accord, d’autres défendent une position plus ferme. Ousmane Sonko a ainsi martelé que « le Sénégal n’a pas besoin du FMI », insistant sur le fait que le plan de redressement repose avant tout sur l’engagement du peuple sénégalais. Pourtant, plusieurs ministres, dont Cheikh Diba, Boubacar Camara et Ahmadou Al Aminou Lo, ont continué de négocier avec la mission du FMI.
La crainte d’une tutelle internationale
La défiance vis-à-vis du FMI n’est pas propre à l’Afrique. En France, le débat gagne également du terrain. La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a récemment prévenu :
« Si nous ne faisons pas ces choix maintenant, ce seront nos créanciers ou le FMI qui nous les imposeront. »
Le ministre de l’Économie, Éric Lombard, a lui aussi reconnu publiquement « un risque d’intervention », avant de tempérer ses propos. Cette inquiétude rappelle les souvenirs douloureux de la crise grecque des années 2010, où les coupes budgétaires imposées par l’institution ont fortement marqué les populations.
Un passé qui pèse lourd
Au Sénégal, les souvenirs des plans d’ajustement structurel des années 1980 restent vivaces. Beaucoup redoutent que de nouvelles mesures d’austérité, dictées par le FMI, n’accentuent la précarité sociale, à l’image de ce qui s’est produit récemment au Ghana.
Lors de sa Déclaration de politique générale, Ousmane Sonko avait affirmé :
« Aucun pays n’a jamais été développé par le FMI ou la Banque mondiale. »
Une déclaration qui illustre la difficulté du gouvernement à composer avec une institution jugée indispensable mais contraignante, dans un contexte où les besoins financiers restent pressants.
Auteur :daba fall
source: seneweb
