Sénégal – Dans plusieurs localités du pays, une dynamique nouvelle est en train de prendre forme : des jeunes et des femmes, longtemps marginalisés dans la gestion foncière, organisent des marches pacifiques pour revendiquer leur droit à un accès équitable à la terre. Symboles d’une génération en quête d’autonomie économique et sociale, ces mobilisations prennent de l’ampleur dans les zones rurales comme urbaines.
Un combat pour l’égalité foncière
Dans la plupart des communautés rurales, les terres sont souvent contrôlées par les chefs coutumiers ou allouées selon des règles traditionnelles, excluant de fait les femmes et les jeunes. Pourtant, ces derniers constituent aujourd’hui la majorité de la main-d’œuvre agricole et portent de nombreux projets innovants dans l’agriculture, l’agroécologie ou l’élevage.
« Nous voulons cultiver, investir, produire, mais sans terre, nous sommes bloqués », témoigne Aïssatou Diouf, porte-parole d’un collectif de jeunes agricultrices à Kaolack. Comme elle, de nombreuses femmes dénoncent une injustice ancienne : l’accès à la terre reste majoritairement réservé aux hommes, malgré les textes nationaux qui prônent l’équité.
Des mobilisations structurées
Ces dernières semaines, des marches citoyennes ont été organisées à Tambacounda, Fatick, Thiès ou encore Ziguinchor. Soutenues par des ONG, des mouvements paysans et parfois des élus locaux, ces manifestations pacifiques portent un message clair : une réforme foncière inclusive qui garantit aux jeunes et aux femmes une place réelle dans le développement agricole.
Les marcheurs réclament, entre autres, la transparence dans l’attribution des terres, la création de quotas pour les femmes et les jeunes dans les conseils ruraux, et un meilleur accompagnement pour l’accès au financement agricole.
Une question de souveraineté alimentaire
Pour les acteurs du monde rural, permettre aux jeunes et aux femmes d’accéder à la terre est aussi une question stratégique. Dans un contexte de montée des importations alimentaires et de chômage massif, l’inclusion de ces couches actives peut jouer un rôle crucial dans l’atteinte de la souveraineté alimentaire du pays.
Face à cette mobilisation croissante, le gouvernement est interpellé pour accélérer la réforme foncière en cours, tout en tenant compte des réalités sociales et coutumières. Pour beaucoup, cette bataille n’est pas seulement foncière, elle est profondément liée à la dignité, à l’égalité et à l’avenir du monde rural sénégalais.
Auteur :DIOGOPE FAYE
