Yay Khady, veuve à 45 ans : vendre des poissons pour que ses enfants ne meurent pas de faim.

Dans le quartier de Médina, à Kébémer, Yay Khady affronte chaque jour la dure réalité de la pauvreté. Veuve depuis six ans, abandonnée par un mari toxicomane de son vivant, elle se bat seule pour nourrir et éduquer ses cinq enfants, armée seulement de son courage et de quelques bassines de poissons achetées chaque matin à Lompoul-sur-Mer.

L’odeur du poisson frais flotte dans l’air chaud de Kébémer. Assise à l’ombre d’un vieux parasol, au milieu de bassines remplies de dorades et de sardinelles, Yay Khady attend ses clients. Son visage fatigué mais digne raconte des années de lutte silencieuse.

« Mon mari ne s’occupait pas de nous. Il était toujours absent, perdu dans la drogue… J’étais déjà seule bien avant qu’il ne meure », confie-t-elle, les yeux baissés. La mort de cet homme, il y a six ans, n’a pas allégé son fardeau : elle est devenue, encore plus qu’avant, mère et père à la fois.

Chaque matin, bien avant le lever du soleil, elle prend la route vers Lompoul-sur-Mer. Là-bas, au milieu de la criée, elle négocie quelques bassines de poissons. Le trajet de retour est long et coûteux, mais nécessaire. « C’est fatigant, surtout avec le transport… mais si je ne le fais pas, mes enfants n’auront rien à manger », dit-elle, la voix empreinte de lassitude.

Une fois installée au marché ou dans une ruelle animée de Médina, elle vend poisson par poisson, espérant écouler toute sa marchandise avant la fin de la journée. Certains jours, les ventes permettent d’acheter du riz et de payer un peu pour l’école. D’autres jours, elle rentre avec du poisson invendu, signe d’une journée perdue.

« Mes enfants sont tout ce que j’ai. Je veux qu’ils aillent à l’école, qu’ils réussissent, qu’ils sortent de cette vie. Je ne veux pas qu’ils connaissent la même souffrance que moi », affirme-t-elle en esquissant un léger sourire.

Dans son quartier, beaucoup la voient comme un exemple de courage. Mais derrière cette force se cache une femme épuisée par les sacrifices, qui porte à bout de bras une famille entière, un poisson à la fois.

Sous le soleil brûlant, elle tend un kilo de poissons à un client. En silence, elle formule un vœu simple : que demain lui offre un peu plus que la veille.

Auteur: Daba Fall correspindante à Kébémer

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